-Babe ?
-Hum ?
-J'ai de quoi a te dire...
-What's on your mind ?
-J'ai revu Annie.
-Annie... la Annie ?
-Oui.
-Revu... comment ? Explique ?Son regard était chargé d'inquiétude. Elle qui est d'ordinaire solide et imperturbable, je lisait la peur dans ses yeux, comme si tout était perdu, comme si le jour de la marmotte nous faisait tout recommencer.
Tsé quand tes reconnu par tes pairs comme une référence dans ton domaine professionnel. Quand t'es cité a titre d'exemple de réussite. Celui qui est parti de rien et qui a tout construit. Pis tsé... quand tu t'es accompli a mijoter le pattern jour et nuit, sacrifiant plusieurs aspect de ta vie pour la réussite de ton entreprise, pis que t'en est fier... Mais qui te passe malgré tout des envies professionnellement suicidaire de tout câlisser là pour une job de caissier dans un comptoir à légumes sur le bord du chemin... j'pense que c't'un signe que ça va pas ben.
J'étais absorbé par mes remise en questions, la marmite en pleine ébullition quand j'suis entré chez Second Cup, me suis commandé un grand Macchiato... et j'me suis installé auprès des vitrines ensoleillées pour réfléchir. J'suis passé à côté d'elle sans même la reconnaître... ça fait pas si longtemps tout de même... 2 ans et demi a peine.
-Tu me snob ?
-Hum ? Oh !!! Je t'avais pas vu !
-J'ai ben vu ça... ça va bien toi ? T'as l'air d'avoir 110 ans.
-I wish... au moins j'serais à la retraite.
-Soucis au boulot ?
-Ah moi tu m’connais... j’suis pas a un soucis près.
Elle me lança ce regard comme seul elle savait les faire, elle a de ses yeux qui parlent... chargés de compréhension et d'admiration... qui te font sentir comme le plus important des hommes.
Annie c'est la fille qui m'a fait laissé ma femme à l'époque. En fait je l'ai pas laissé pour elle puisqu'une suite de circonstances ont fait qu'on a jamais été vraiment en couple elle et moi. Disons seulement pour les besoins de la cause qu'elle m'a donné un deadline pour que je prenne une décision, et en ce qui me concerne ça été une raison suffisante pour tirer la plug sur elle. Mais tout de même elle a été l'élément déclencheur qui m'a fait réaliser que je n'étais plus heureux dans mon couple, persuadé qu'on était pas obligé d'endurer quoi que ce soit, persuadé que dans l'inconfort, ailleurs il y avait mieux. C'est elle qui a instigué en moi cette envie de briser les carcans, cette envie de crier a la liberté que j'existais encore.
On a ensuite jasé de tout et de rien. J'ai volontairement omis de lui dire que j'avais quitté ma femme pendant plus de deux ans pour revenir a elle dernièrement. Non pas par pudeur, mais simplement pour lui éviter de regretter ces circonstances qui ont fait que le "nous deux" ne fut pas été possible.
On s'est fait la bise tout bonnement... puis elle m'a quitté en m'interdisant formellement de lui regarder les fesses alors qu'elle s'éloignait ! Yeah right, un cul parfait et homologué qui s'en va direct au Hall of Fame des péteux toutes catégorie !! Elle me fit un dernier signe avec son doigt du milieu en franchissant la porte, me traitant d'incorrigible bad boy pervers. Je lui envoyé la main en haussant les épaules... signe qu'on ne change jamais vraiment.
Mais j'ai changé pourtant non ?
Non c'est vrai... j'suis casé maintenant, j'suis rentré dans l'rang, j'suis devenu raisonnable...
Oups... j'me fait lancer de drôles de regards, je parles tout seul a voix haute encore une fois.
Je branche mon Ipod et me réfugie dans ma tête.
Est-ce que j'ai changé ou est-ce simplement la situation qui est différente.
Je suis meublé de bonnes intentions pourtant.
Mais je réalise que les p'tits problèmes du quotidien me perturbent d'avantage aujourd'hui.
Et je crois au fond que ce n'est que par manque d'exutoire.
Qu’avant j’avais toujours un plan machiavélique à échafauder, toujours une nouvelle conquête dans le collimateur. Et puisque la salope ne s'attache a rien... et bien au fond rien n'a d'importance non ?
J'étais accroc a la pire des drogues.
Celle qu'on appelle Annie, Valérie, Jenny, Nelly, Catherine, etc...
Celle qu'on appelle Liberté.
Cette journée de sevrage m'est difficile.
J'ai bâti quelque chose. Rebâti plutôt.
Une partie de moi a réellement besoin de demeurer bien ancré a ce concret.
Mais tout de même demeure des spasmes de carences.
De ce feeling de légèreté, ce feeling de pouvoir voler au gré du vent...
Je pousse un lourd soupir, me frotte les yeux pour chasser ces idées vagabondes.
Puis regardant longuement mon Ipod... je pèse foward sur shuffle, espérant une révélation de l'oracle.
Comme si la puissance divine de la matrice pouvait m'envoyer un message par la musique.
Message de l'oracle.Fuck.